Le dispositif analytique
Le dispositif analytique se fonde sur la parole et le transfert.
La parole est ce par quoi la cure analytique peut advenir, c’est aussi une nécessité au sens premier du terme – c’est vital – au moment où l’on décide de consulter : si l’on ne parle pas, on sombre dans une dépression encore plus profonde, on sombre dans du mortifère, voire dans la mort, on met en péril notre pulsion de vie.
Le transfert désigne le lien avec notre analyste, un lien qui n’a nul équivalent dans la réalité : l’analyste n’est pas un ami, n’est pas un collègue, n’est pas un proche. Et pourtant, on va tout lui dire. Il est le sujet supposé savoir que nous considérons comme détenteur d’une vérité à laquelle nous n’avons pas encore ou pas déjà accès.
Il y a des choses qu’on ne peut dire que chez l’analyste, et qui, cependant, sont essentielles, au sens où elles tiennent une place importante dans notre existence et nous concernent au plus haut point.
Aller chez l’analyste, c’est prendre le temps de dérouler le fil, c’est partir du principe qu’on n’a pas d’emblée toutes les réponses, mais qu’on peut les trouver, c’est demander à être entendu avec une écoute différente susceptible de provoquer en nous des changements.
Chez l’analyste, à terme allongé sur le divan, sans qu’aucun regard ne vienne influer sur nos sensations et nos impressions, notre imaginaire et notre discours, avec le moins possible d’interférences dans le silence (relatif) de la séance, on s’autorise à dire ce qui nous vient comme ça nous vient, et l’on se surprend à faire des liens et énoncer des paroles grâce à un dispositif qui nous laisse la place.
Un dispositif unique dont la finalité consiste en l’écoute de l’inconscient,
afin d’accéder à une possibilité de nous dégager des confusions, colères, souffrances qui parfois nous entravent depuis des années.
On ne devient pas un homme ou une femme autre. On ne fait pas un reset. On accède en revanche à une vérité, notre vérité, et on se fabrique notre solution unique, singulière, qui n’est dictée par aucune idéologie ni par le psy lui-même. Le psy intervient dans ce dispositif par sa présence et son silence – silence sur ce qu’il en est de lui, sur ce qu’il pense, etc. et non silence dans l’absolu : le psy peut intervenir. Il est une surface sur laquelle vont pouvoir s’imprimer nos questions et la fabrication de notre dire et de nos solutions à partir de notre parole enfin déliée et libre. Le psy peut faire des interprétations, lorsqu’il entend que c’est le moment, que c’est possible à entendre pour l’analysant.e, à partir de son dire. L’analysant.e peut projeter ce qu’il a à projeter sur le psy qui n’est pas là pour qu’on s’identifie à lui, surtout pas : il n’est pas un modèle, il n’est pas détenteur d’un moi fort à imiter. Il est juste celui par qui une vérité peut advenir et à terme une façon différente d’exister. Il est celui par qui ça passe et se passe.
Le processus analytique peut être long et exigeant, certes. Mais il est aussi vivifiant, passionnant, soulageant, sans concession pour l’ordre établi, qu’il soit familial, social, professionnel. Cela ne fait pas pour autant de nous des révolutionnaires – pas nécessairement. Mais comme cela nous éloigne de nos fixations, errances, assignations, on vit une petite révolution intérieure, à notre échelle. C’est en cela que la psychanalyse est subversive, et donc dérange. Elle nous permet de répondre à des questions cruciales : qui suis-je, qui vais-je aimer, quelle place vais-je tenir dans cette société ? Elle nous offre la possibilité de nous inventer, sans les scories de nos traumas, de nos histoires héritées de nos filiations. Parce qu’on va, au cours d’une analyse, repérer ce qui nous fait souffrir, quels scénarios se répètent et se rejouent en raison de fixations inconsciente et fantasmatiques, et se désidentifier, c’est-à-dire se libérer de liens aliénants qui nous maintiennent dans la répétition de ce qui, à un moment ou l’autre de notre histoire, plus ou mois précocement, nous a été transmis à notre insu comme vérité ou façon juste de fonctionner. Mais nous fait désormais trop souffrir.
Quand on arrive chez l’analyste, c’est que quelque chose s’est enrayé. Cela a pu revêtir diverses formes : une peine sentimentale majeure, un échec professionnel ou scolaire retentissant, la survenue d’une maladie qui nous oblige à nous réorganiser… ou bien des événements extérieurs à nous mais qui bouleversent notre existence et nous font vaciller, voire sombrer : la guerre, un deuil, un drame…
Les analystes sont là pour ça : écouter, entendre, redonner sens. Naissance : un analyste est là pour que d’autres possibles adviennent.
L’analyste ne dicte aucune conduite, ne donne pas de directive, n’indique pas de voie à suivre, si ce n’est celle d’une présence et d’une écoute de l’inconscient à l’œuvre. Et lorsque ce qui est inconscient redevient conscient, cela a des effets. Des effets qui se traduisent dans la réalité par des changements. Les symptômes, qui ne sont pas que les symptômes dans le corps, sont déchiffrés, traduits, ils deviennent moins présents, on n’en a éventuellement plus besoin, on se sent plus proche de ce que l’on souhaite, on parvient enfin à faire des choix, on accepte nos limites, on reprend les rennes, on avance…